Fin de série pour Corps solitaires, un récit de vie particulier et mature, empli d’autant de tendresse que d’abandons.
Michi et Makoto partagent un problème fabuleusement difficile à avouer : les deux collègues découvrent, au détour d’une triste soirée d’aveux, que ni l’un ni l’autre n’ont plus de rapports intimes avec leurs partenaires respectifs. L’amour platonique semble toujours présent mais les rapprochements physiques ont disparu et la connivence corporelle initiale s’est évanouie. Ni Michi ni Makoto ne veulent abandonner leur mariage mais la situation leur pèse, surtout lorsqu’autour d’eux tout leur rappelle la pseudo-normalité d’un couple, entre projets et petites attentions qui mettent habituellement du baume au coeur.

Extrait de "Corps solitaires, T. 14" de Haru Haruno © Kana, 2026
Confessions sans l'oreiller
Aux regrets, scrupules et autres apitoiements emplis de honte s’ajoute l’absence de collaboration, de compréhension ou d’empathie de leur conjoint lors de leurs efforts désespérés pour vivre à nouveau l’étincelle charnelle qui leur permettait de se sentir importants dans leur relation. Même si la composante du désir n’est pas indispensable à tous les couples, c’est la solitude née de l’absence nouvelle de réciprocité qui les consume lentement ici. C’est le long crépuscule qui s’installe et, sans raison apparente, change la donne. L’absurde désintérêt qui suppose la désagrégation, la mort de la romance. Confronter sa moitié, cependant, est une étape aussi cruciale qu’insurmontable, parfois des deux côtés.

Extrait de "Corps solitaires, T. 14" de Haru Haruno © Kana, 2026
L’affront de l'affrontement
Corps solitaires est d’une importance capitale. La série représente à la fois la nécessaire diversité thématique qui fait du manga un médium si passionnant mais aussi une preuve de courage éditorial tout aussi impérieusement essentiel qu’il convient de saluer et de soutenir. Elle est de plus, outre un récit moderne, poignant et de société, un outil pour combattre gêne et honte, elle est sa propre ode à l’évolution des ménages. La série et les personnages, qui ne sont pas exempts de défauts, savent finalement se remettre en question et apprendre de leurs erreurs. Il existe autant d’amours que de couples et si l’inverse est vrai, alors nul besoin de rester gangrené par une relation qui ne convient plus aux deux parties. Le manga ne parlera bien sûr pas à tout le monde. Sa dramaturgie est pourtant indéniable et la précision du sujet ne doit pas occulter la pertinence de son écriture.
Indépendamment de l’intérêt du sujet dans un panorama qui tend à respecter les mêmes contraintes scénaristiques, Corps solitaires est une oeuvre profondément émouvante aux personnages complexes et complets, qui devrait trouver sa place dans toute collection.



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