Ce ne sont pas des haricots dont rêve cette famille de Français moyens pour accompagner le gigot du dimanche, mais bien des pièces d’or planquées par la Mémé. Prétexte à une comédie humaine délicieusement outrée. Attention, un secret peut en cacher un autre…
La comédie à la française, cela existe aussi en bande dessinée. Le dimanche, toute la famille va déjeuner chez Mémé, l'arrière-grand-mère, et cherche à savoir où elle a caché ses pièces d'or. Pilou, 11 ans, vient avec ses parents. Sont également présents au déjeuner la fille unique de Mémé, les deux oncles de Pilou, sa tante et ses cousins.
Philippe Pelaez a mis sa famille et des souvenir d'enfance dans un shaker pour concocter ce cocktail familial malicieux, raconté à la première personne, à hauteur d’enfant. Pilou, c’est lui. Ce qui donne une tonalité faussement naïve au récit.
Les oppositions politiques entre membres de la famille animent les repas : Mitterrand vient d’être élu, ce qui fait causer. Et la mère de Pilou, post-soixante-huitarde, a du mal à accepter la tendresse que garde Mémé pour de Gaulle. Il y a en outre les faux semblants, les ragots. Le scénariste est dans la caricature, et c'est fait exprès. On pense au film Le Viager, sur scénario de René Goscinny. Mais la connivence entre Pilou et Mémé est également source d'émotion. Avec une touche de nostalgie, peut-être, pour ces années auxquelles la distance donne une certaine douceur.
Espé, connu pour son trait réaliste dans la série Châteaux Bordeaux, use ici d'un style humoristique tel celui de ses albums Fluide Glacial. Un trait qui convient bien aux années 80. Il ne lésine pas sur les décors, restituant ainsi l’ambiance des petites villes de province d’alors. Les couleurs de Florent Daniel sont joliment dans l’esprit.
Les rebondissements vont s’enchaîner avec en prime un sacré secret de famille, bien savoureux. Ce gigot est croustillant !